vendredi 11 mai 2012

La fraude et la création de héros scientifiques


Il est des figures qui restent profondément ancrées dans les mémoires, hommes d’Etat mais aussi scientifiques. Albert Einstein et sa théorie de la relativité, Pasteur et la découverte du vaccin contre la rage. Autant de mythes, de parfaits modèles pour nos chères têtes blondes ! Pourtant, une découverte scientifique est-elle le travail d’un seul Homme ? Plus encore, quand on commence à gratter le vernis lisse et impeccable qui recouvre l’image de certains savants, on se rend compte qu’ils ne sont pas irréprochables. Pourquoi la vérité n’a-t-elle pas éclaté au grand jour ?

Louis Pasteur, considéré comme un grand Homme de Science, a su jouer de ses relations et de son audace pour créer un mythe autour de lui. Le culot qu’il a eu de proclamer siens des résultats appartenant à d’autres est impressionnant. De nos jours, les gens ignorent la vérité et continuent à lui attribuer le vaccin contre la rage et par extension la technique de la vaccination.

Il faut savoir qu’avant tout, Pasteur était un génie de la rhétorique et des relations publiques, ce qui lui a permis d’avoir une assise sociale extrêmement solide. A tel point qu’on a pu voir fleurir à travers le monde des « Instituts Pasteur » chargés d’étudier les maladies infectieuses. Ce n’est donc plus un rayonnement national mais international qui entoure le nom de Pasteur. L’Etat lui a même organisé un jubilé triomphal pour son 70e anniversaire et lors de sa mort, il a reçu des obsèques nationales. La Troisième République aurait-elle utilisé Pasteur comme figure de proue de la recherche française ? Aujourd'hui, quoi qu’il en soit, il est plus facile de fermer les yeux que d’avouer s’être trompé.

Le cas d’Einstein est en de nombreux points semblable à celui de Pasteur. Le monde a fait de ce scientifique une des plus grandes figures de la physique moderne. Presque malgré lui, il s’est retrouvé projeté sur le devant de la scène médiatique ! Fait amusant, c’était après la mort du mathématicien français Henri Poincaré, auteur avant Einstein de la célèbre formule « E=mc2 » et de la relativité restreinte. Plus étonnant encore, personne ne s’en est jamais offusqué, ou presque.

Les quelques rares personnes qui ont osé s’attaquer à cette icône du XXe siècle se sont trouvées confrontées à un rejet général. C’est le cas de Dean Mamas qui était invité à parler de l’affaire sur Radio Courtoisie le 8 mai 1991. Ses propos ont été très mal reçus, certains allant même jusqu’à le taxer d’antisémitisme, Einstein étant d’origine juive. L’affaire a donc été nouvelle fois étouffée, et l’image d’Einstein est restée intacte.
Même à l’institut Poincaré à Paris, alors que tout le monde semble au courant de la fraude d’Einstein, personne n’ose se prononcer en public. Comme si l’image du génie tirant la langue ne devait pas être entachée. Sa popularité a pris une telle ampleur que le Dr Thomas Harvey est allé jusqu’à extraire et étudier le cerveau d’Einstein cherchant à expliquer « son génie ». Claude Allègre, ex-ministre de l’Education nationale, s’exprime sur le sujet en des termes sans équivoque : « Personne n'osait s'interroger sur les mérites du génie absolu. La physique moderne avait sacralisé Einstein. »
La création d’icônes est-elle inévitable, si elle permet de rendre populaire la Science ? Nous avons tous besoin de héros. Cependant, pouvons-nous accepter leurs faiblesses trop humaines ? Corrompus par leur désir de reconnaissance, ou marionnettes des intérêts géopolitiques de leur pays, les fraudeurs scientifiques transformés en héros de la Science tirent leur épingle du jeu car même une fois démasqués, personne ne parvient à les faire descendre de leur piédestal.

Par Eric GEBUS et Jules BERNARD

jeudi 10 mai 2012

La Mort au bout du fil


Parler à nos proches peut-il nous mettre en danger ? Le débat sur l'éventuel caractère cancérigène des ondes électromagnétiques émises par nos téléphones ne date pas d'hier. Aussi de nombreuses recherches ont-elles été menées sur ce sujet. Et les réponses qu'elles ont apportées n'ont fait que relancer le débat. C'est le cas, étrangement peu médiatisé en France, des recherches menées en 2005 et 2008 par Hugo Rüdiger, de l'Université médicale de Vienne. Ses études « montraient » un lien flagrant entre l'exposition aux ondes et des brisures dans les chaînes ADN provoquant des cancers. En 2008, le biologiste allemand Alexander Lerchl alerte le Mutation Research, dans lequel est paru le premier article, signalant des résultats suspects. Après étude par un comité portant sur chacun des articles, il s'avère que les résultats sont même plus que suspects : ils ont été créés de toute pièce.

Lors des expériences, des cellules étaient bombardées par des ondes, d'autres non, comme témoins. Les chercheurs n'étaient pas censés savoir quelles cellules avaient été bombardées, pour éviter les fraudes. Chaque paquet de cellules étant numéroté, ce n'est qu'une fois les résultats validés que les chercheurs auraient dû avoir connaissance du code pour identifier chacune d'elles. Or, selon le rapport du comité, la technicienne en charge des résultats, Elisabeth Kratochvil, aurait eu connaissance de ce code et aurait ensuite « fabriqué » les résultats en conséquence, ceci dans le but de « prouver » les effets nocifs des ondes électromagnétiques sur l'ADN. Mais l'histoire ne s'arrête pas là : Rüdiger demande alors une révision de ce rapport, estimant qu’il y a conflit d'intérêt. En effet, un avocat faisant partie du comité a par le passé collaboré avec une compagnie de télécommunication. Les résultats sont alors revus par un nouveau comité, qui en arrive aux mêmes conclusions. L'article de 2008 est alors retiré. En ce qui concerne l'article de 2005, il reste en attente de plus amples vérifications. En effet, le matériel utilisé alors n’était pas celui du laboratoire de Rüdiger mais un matériel à priori moins sujet à caution.

Rien ne permet encore de statuer sur la véracité des résultats parus dans l'article de 2005, bien que les soupçons d'Alexander Lerchl et de nombre de ses confrères soient grands. Les implications d'une telle étude sont telles que l'on comprend aisément que les comités prennent des pincettes avant de conclure , malgré l'urgence et la nécessité de résultats capables de mettre un terme à ce débat qui, depuis trop longtemps, dure...

Morand Maxime

Einstein, imposteur ?

À qui attribuer la paternité de la théorie de la relativité restreinte ? Si aujourd’hui encore Einstein en est considéré comme le seul père, c’est qu’en 1905, il publie dans la prestigieuse revue allemande Annalen der Physik quatre articles majeurs qui retiennent toute l’attention du monde scientifique. Deux d’entre eux sont liés : datés du 30 juin et du 27 septembre 1905, ils formulent la théorie de la relativité restreinte telle qu’on l’entend aujourd’hui, théorie fondée sur les travaux de Lorentz et du mathématicien français Henri Poincaré, très occultés.
En effet, dans ses publications de 1905, Einstein ne fait aucune référence aux articles de Poincaré qui pourtant a largement contribué à bâtir la théorie. En 1900, il a publié un article dans lequel il a établi l’équivalence masse-énergie, soit, m = E/c2. Cette formule, mieux connue sous la forme E = mc2, qui fait partie intégrante de la relativité restreinte, n’est donc pas attribuable au seul Einstein. De plus, le 5 juin 1905, devant l'Académie des Sciences à Paris, Poincaré a complété les transformations de Lorentz et a prouvé l'invariance des équations de Maxwell dans une note de 5 pages, Sur la dynamique de l’électron, développée quelques semaines plus tard en un mémoire de 50 pages publié le 23 juillet. Par là, Poincaré arrive sensiblement aux mêmes conclusions qu’Einstein, mais avec deux mois d’avance.
En 1905, Einstein a 26 ans, et les relations franco-allemandes sont sous tension. Un élément qui peut expliquer son geste ? Plus encore, ni l’éditeur des Annalen der Physik, Paul Drude, ni son éditeur adjoint Max Planc ne pouvaient ignorer les travaux du français Poincaré et un tel article n’aurait jamais dû être publié tel quel. Et quand on sait qu’Einstein était le poulain de Max Planck, on peut penser qu’il y a eu complicité. Lors de la parution de sa publication, il ne cache pas son soutien au jeune Einstein : « En audace ce principe dépasse probablement tout ce qui a été conçu dans la science naturelle spéculative. Ce principe a apporté une révolution dans notre image physique du monde qui, en étendue et profondeur, peut être seulement comparée à celle qui fut introduite par le système copernicien du monde ». Les éditeurs sont avec Einstein les coauteurs de cette malhonnêteté intellectuelle.
Mais pourquoi aucune rectification n’a-t-elle été apportée ensuite ? Dans son article lapidaire, « Einstein le plagiaire du siècle », Richard Moody dénonce une véritable conspiration du silence. Il s’appuie sur des citations de plusieurs scientifiques dont celle de G. Burniston Brown (1967) : « On s'apercevra que, contrairement à la croyance populaire, Einstein n'a joué qu'un rôle mineur dans la définition de la formule usuelle de la relativité restreinte, que Whittaker a appelé la théorie de la relativité de Poincaré et de Lorentz ».
Edmund Whittaker, mathématicien et historien des sciences britannique, est le premier semble-t-il à attaquer Einstein dans son ouvrage Histoire des théories de l'éther et de l'électricité : il intitule le chapitre 2 du tome II, paru en 1953, « La théorie de la relativité de Poincaré et Lorentz », en précisant page 40, qu'en 1905, « Einstein a publié un article qui exposait la théorie de la relativité de Poincaré et Lorentz, avec quelques développements ». Whittaker crédite également Henri Poincaré pour la formule E = mc².
Peu d’organes de presse ont parlé des ces révélations. Cependant, Le Nouvel Observateur, dans son article « Il n’a pas inventé le concept d’espace-temps, Einstein plagiaire ? » publié en août 2004, nous présente Jean Hladik, physicien et auteur du livre Comment le jeune et ambitieux Einstein s’est approprié la relativité restreinte de Poincaré. Il affirme qu’Einstein « n’apporte rien de nouveau » et que Poincaré est « bien meilleur qu’Einstein ».
« Aujourd'hui, il faut se rendre à l'évidence, écrit Claude Allègre : Einstein n'a pas inventé la théorie de la relativité (restreinte). Le premier découvreur de cette théorie fut un Français : Henri Poincaré. La physique mondiale sait cela depuis que le Britannique Edmund Whittaker l'a dit, mais peu de scientifiques compétents ont voulu s'assurer de la véracité de ce fait. Personne n'osait s'interroger sur les mérites du génie absolu. La physique moderne avait sacralisé Einstein. »
Einstein réaffirme pourtant en 1946 qu’il n’avait pas connaissance des travaux ni Lorentz, ni de Poincaré : « Il est hors de doute que si l’on jette un coup d’œil rétrospectif sur son évolution, la théorie de la relativité était mûre en 1905. Lorentz avait déjà découvert, par l’analyse des équations de Maxwell, la transformation qui porte son nom. De son côté, Henri Poincaré a pénétré plus profondément dans la nature de ces relations. Quant à moi, je n’avais connaissance, à cette époque, que de l’œuvre importante de 1895 de Lorentz mais non des travaux ultérieurs de Lorentz et, pas davantage, des recherches consécutives de Poincaré. En ce sens, mon travail de 1905 est indépendant.»
Témoignage difficile à croire, en raison de la renommée, déjà mondiale, de Poincaré avant 1905. D’autant plus que, selon Etienne Klein, physicien français, Einstein avait proposé en 1902 à l’Académie d'Olympia un débat autour du livre La Science et l’Hypothèse de Poincaré, qu’il avait donc lu avant la rédaction de ses articles majeurs, ouvrage de vulgarisation dans lequel l’auteur déclare qu’il faut renoncer à l'idée d'un temps absolu dans l'univers. C’est l’un des fondements de sa théorie, le pas conceptuel qu’il fallait franchir pour dépasser la mécanique newtonienne.
Ainsi, sans nous tromper, nous pouvons affirmer que Poincaré a précédé Einstein. Cependant Einstein a su, semble-t-il, simplifier cette théorie. C’est en tout cas sa première publication, parce qu’il sent qu’il peut aller plus loin, qui le pousse à travailler pendant dix ans, jusqu’en 1915, à l’élaboration de la relativité générale, théorie étendue de la relativité restreinte. Mais cette fois encore, quelqu’un l’a précédé. David Hilbert, mathématicien allemand, souvent considéré comme l’un des plus grands mathématiciens du xxe siècle, au même titre que Henri Poincaré, présente ses travaux le 20 novembre 1915 à l'Académie royale des sciences de Göttingen. Cinq jours avant Einstein.
En 1997, pourtant, Leo Corry, Juergen Renn et John Stachel révèlent, dans le journal La Science, « un document inédit, annoté de la main même de David Hilbert, qui prouve de façon indubitable la paternité einsteinienne de la relativité générale. » (Selon le journal Le Monde, dans son article « L’honneur sauvé d’Albert Einstein ».) Ce n’est pas l’avis de Winterberg, physicien, qui réfute ces conclusions en 2004, observant que le document publié par Corry et Renn a été déformé pour en faire disparaître un passage essentiel : celui qui montre que l'article original d’Hilbert comprenait l'ensemble de la théorie. Il dénonce « une tentative brute par un certain individu inconnu de falsifier le disque historique. » Il propose son article à La Science, journal dans lequel était paru l’article tentant de laver l’honneur d’Einstein, qui refuse de le publier. Il est donc finalement publié dans la revue allemande Zeitschrift für Naturforschung.
Si nous croyons donc Whittaker et Winterberg, Einstein a plagié Poincaré pour la relativité restreinte et Hilbert pour la relativité générale. Mais malgré cette vérité, et comme le montre le film de Jean-Marc Serelle Einstein et nous, le mythe d’Einstein demeure. Nous pouvons alors nous demander si Einstein est le seul. Dans quelle mesure l’histoire des sciences s’est-elle construite sur des illusions ?
Jules Bernard
Références

  • Augereau Jean-François, « L’honneur sauvé d’Albert Einstein », Le Monde, 21 novembre 1997.
  • Einstein Albert, Articles publiés en 1905 par dans la revue Annalen de physik.
    • « Zur Elektrodynamik bewegter Körper », Annalen de physik (Berlin), vol. 322, n° 10, 1905, p. 891–921
    • « Ist die Trägheit eines Körpers von seinem Energieinhalt abhängig? », Annalen de physik (Berlin), vol. 323, n° 13, 1905, p. 639–641
  • Gruhier Fabien, « Il n’a pas inventé le concept d’Espace-Temps. Einstein plagiaire ? », Le Nouvel Observateur, n° 2074, 5 août 2004.
  • Hladik Jean, Comment le jeune et ambitieux Einstein s’est approprié la relativité restreinte de Poincaré, Ellipses, 2004.
  • Moody Richard, « Albert Einstein, le plagiaire du siècle », Nexus Magazine, vol. 11, n°1, décembre-janvier 2004. Disponible sur http://allais.maurice.free.fr/Einstein.htm (dernière consultation le 20 février 2012).
  • Poincaré Henri, Sur la dynamique de l’électron, 5 juin 1905, suivi du mémoire du même titre, publié le 23 juillet.

La fraude peut-elle contribuer au progrès ?


Si la fraude scientifique est souvent considérée comme un danger pour le progrès de la science, elle peut dans certains cas permettre de dépasser des conceptions désuètes et figées. Elle permet le progrès scientifique par l'affranchissement des contraintes sociales d'une époque.


Dans l'histoire, plusieurs scientifiques ont dérogé aux règles de l'éthique scientifique, qui veulent que l'on ne falsifie pas ses résultats et qu'on ne donne pas un médicament tant que l'on est pas sûr de son innocuité. C'est le cas de Pasteur et de la vaccination. En effet, ce dernier, convaincu de l'efficacité de ses vaccins, a choisi de l'inoculer à un enfant atteint de la rage sans l'avoir testé auparavant, et ce pour faire progresser la médecine.
Peut-on vraiment parler de fraude scientifique dans le cas de Mendel ? Certes, il a probablement quelque peu modifié ses données pour qu'elles s'appliquent parfaitement au modèle préconçu dont il était convaincu, et cela ne correspond pas à une démarche scientifique. Cependant, ils n'a pas a proprement parler falsifié, mais plutôt simplifié ses résultats. La simplification des résultats est dans ce cas précis une astuce pour convaincre ses pairs de sa théorie.
Les cas de Pasteur et de Mendel sont similaires car les deux scientifiques avaient un souci de progrès scientifique, et non uniquement un dessein de gloire et de reconnaissance auprès des autres scientifiques. Ainsi, leurs théories ont été prouvées a posteriori, et aujourd'hui on reconnaît leur génie, leur audace, et on leur pardonne leurs torts. On dit d'eux qu'ils avaient des raisons valables et nobles d'agir, et on admire leur « flair » quant aux théories qu'ils avançaient. C'est la fraude en tant qu'élément contribuant au progrès. Mais si falsifier ses résultats en vue de confirmer une théorie dont on est intimement convaincu est pardonné dans le cas de Mendel, quand considère-t-on qu'il y a fraude ?

Au début des années 1960 cette fois, une fraude du même type a été effectuée par Cyril Burt. Le psychologue anglais était convaincu que le Q.I. (quotient intellectuel) se transmettait de façon héréditaire. Pour prouver sa théorie, il a inventé des résultats soit-disant calculés sur 53 paires de jumeaux alors qu'il n'avait étudié que 12 paires de jumeaux. Il a ensuite publié une série d'articles sur la transmission du Q.I. dans le courant des années 1960. Après sa mort, en 1971, des journalistes1 ont découvert la supercherie et ont prouvé que sa théorie était fausse. Cyril Burt est surtout connu pour cette histoire et souvent traité d'imposteur scientifique. La démarche est la même que Mendel et Pasteur mais hélas la théorie dont il était convaincu s'est avérée fausse.

L'hommage postérieur

La fraude scientifique, celle où on falsifie des résultats en vue de convaincre de la véracité d'une théorie, ne peut être considérée comme un facteur de progrès que dans le cas où la théorie se vérifie a posteriori. Dans ce cas, on considérera le chercheur comme un visionnaire, comme un génie incompris à son époque, et on lui rendra hommage des siècles plus tard.
Les motivations et les intuitions du peu de chercheurs contraints à frauder pour être entendus sont aujourd'hui saluées, mais ce genre de fraude est durement réprimée lorsque la théorie concernée ne se vérifie pas. La fraude scientifique, ou « l'embellissement des résultats », peut participer au progrès scientifique dès lors que cette fraude est mineure et qu'elle permet de s'affranchir de conceptions désuètes. En tout cas, aujourd'hui, les données des articles publiés dans les grandes revues scientifiques sont vérifiées, les expériences sont faites plusieurs fois et les statistiques modernes permettent de limiter les tentatives de fraudes flagrantes comme celles de Mendel.

Lauranne Beyer

1- Voir M. de Pracontal, L'imposture scientifique en 10 leçons, Points, 2005, p. 58

La fraude scientifique comme outil géopolitique


Comment un pays manipule-t-il ses scientifiques pour faire valoir ses idées ? Comment la pression géopolitique influence-t-elle les travaux et les résultats de chercheurs ? Deux questions qui surgissent à l’examen des cas de l’homme de Piltdown et du Lyssenkisme, deux exemples des intérêts géopolitiques qui peuvent être à l’œuvre dans les fraudes scientifiques.





En 1912, à Piltdown au sud de Londres, un certain Charles Dawnson scénarise l’une des plus incroyables fraudes scientifiques du XXe siècle : l’homme de Piltdown, un fossile mi-homme-mi-singe qui représenterait le chainon manquant de la lignée humaine. Ce fossile est en réalité un montage de toutes pièces. C’est seulement quarante ans après l’annonce de la « découverte » que la fraude est démasquée. De nombreux ouvrages et articles ont été consacrés à cette histoire et tous l’expliquent par l’enjeu nationaliste. L’Angleterre au début des années 1900 est pauvre en trouvailles archéologiques. Le patrimoine de ses voisins européens, quant à lui, compte de formidables découvertes comme l’Homme de Neandertal. L’homme de Piltdown tombe alors à point nommé. Charles Dawson le date de 500 000 ans de plus que l’homme de Néanderthal. Belle victoire! « Adam serait Anglais!», déclarent les journaux anglo-saxons de l’époque.Le fraudeur lui-même est mort quelques années après la révélation  de sa découverte. Il est donc impossible de connaître ses motivations. Néanmoins, la croyance en la fraude a perduré pendant quarante ans, malgré des preuves accablantes, sans doute parce que l’Angleterre avait besoin de cette découverte. Quoi de plus glorifiant pour une nation que de savoir que l’ancêtre de l’Homme vient de chez elle ?
Le lyssenkisme est une illustration très différente du rôle de la politique dans la fraude scientifique. Lyssenko, ingénieur agronome de formation, a su imposer sa technique de vernalisation qui consiste à transformer des plantes en d’autres en agissant sur les conditions de culture. Il est avant tout porteur de grands espoirs pour les ambitions de Staline. Grâce à une campagne décisive, il discrédite ses adversaires directs, représentants d’une génétique, qu’il considère comme bourgeoise et raciste. Ses conceptions idéologiques collent parfaitement à ce que Staline veut pour son pays : une société nouvelle, modelable, avec une transmission des acquis d’une génération à l’autre.La réussite totale de Lyssenko et le discrédit des généticiens s’expliquent donc idéologiquement. Le marxisme prône l’idée que la seule cause de l’inégalité entre les hommes tient à l’organisation de la société et à la répartition des moyens de production. Or, les généticiens de l’époque enseignent que les individus appartenant à la même espèce ont des caractères héréditaires différents, et sont donc inégaux par nature. Les résultats matériels du lyssenkisme ne viennent pas, mais qu’importe   puisque cette pseudo-science colle à l’idéologie du pays. Elle fait des ravages dans de nombreux domaines de la connaissance en ralentissant grandement la recherche. 
Même si l’histoire de l’homme de Piltdown et du Lyssenkisme sont très différentes, la motivation politique de leurs protagonistes crée entre elles quelques similitudes. Elles illustrent très bien le rôle des intérêts d’Etat dans la fraude scientifique et ses conséquences souvent dramatiques.
Chloé Pourtier & Elodie Garand

  • DELUZARCHE Céline, « L’homme de Piltdown », L’internaute, http://linternaute.com (dernière consultation le 5 avril 2012).
  • GRATZER Walter, « L’affaire Lyssenko, une éclipse de la raison », Médecine/Science, n° 21, 2005
  • KINDO Yann, « L’affaire Lyssenko, ou la pseudo-science au pouvoir », Science et pseudo-science, n° 286, juillet 2009, http://www.pseudo-sciences.org. (dernière consultation le 21 mars 2012).
  • MARCIL Claude, « Le professeur aux pieds nus », Sciencepresse, http://www.sciencepresse.org. (dernière consultation le 18 mars 2012).
  • MARCIL Claude, « L’homme de Piltdown : Adam était britannique », Sciencepresse, http://sciencepresse.org. (dernière consultation le 16 mars 2012)
  • MONOD Jacques, « Un Lyssenkisme généralisé », préface à Jaurès Medvedev, Grandeur et chute de Lyssenko, Gallimard, coll. «Temoins», 1971 
  • TIRARD Stéphane, «La vernalisation, la biologie et la politique», Pour la Science, février 2005
  • BUICAN Denis, Lyssenko et le Lyssenkisme, PUF, coll. « Que sais-je ? » 1988.
  • KOTEK Joel et Dan, L’Affaire Lyssenko, Editions Complexe, 1986.
  • LECOURT Dominique, Lyssenko, histoire réelle d’une science prolétarienne, Maspero, 1976.
  • MEDVEDEV Jaurès, Grandeur et Chute de Lyssenko, Gallimard, coll. «Temoins», 1971.

L’imposture de Pasteur


La fraude concerne jusqu’aux personnages les plus emblématiques de la culture scientifique. Même Pasteur, ce célèbre scientifique français, chimiste et physicien de formation n'a pas toujours respecté la déontologie. Comment le sait-on ? Parce qu’il notait toutes ses hypothèses, les substances qu’il utilisait et les résultats de ses expériences dans des carnets de laboratoire. Il a ainsi laissé derrière lui 102 recueils de notes qui ont tous été interdits à la consultation du public pendant près d’un siècle. Ce n’est que dans les années 1970 que les étudiants et les chercheurs ont pu les consulter à la Bibliothèque nationale de France. Dr. Gerald L. Geison s’est penché sur ces carnets et y a trouvé de nombreuses incohérences avec les publications des travaux de Pasteur. 

Louis Pasteur est une figure de la Science, un personnage de l’Histoire française et pourtant tout cela ne repose au final que sur du vide, un mensonge. C’est un homme qui a su jouer de ses relations et de son audace pour arriver à ses fins et à créer un mythe. Il a proclamé siens des résultats appartenant à d’autres, et cela en toute impunité. De nos jours encore, le public ne connaît pas la vérité sur cet homme et continue à lui attribuer le vaccin contre la rage et, par extension, la technique de la vaccination. Pourtant, il ne l’a pas inventé et ce n’est même plus sa préparation, trop dangereuse, que l’on utilise actuellement. La manière dont il a réussi à imprimer son image et son œuvre fictive dans l’imaginaire collectif est un véritable tour de force.

En lisant ses notes, on découvre certes, qu’il a testé le vaccin antirabique sur 50 chiens enragés avec des résultats concluants. Néanmoins, c’est une nouvelle version non testée sur les animaux qu’il a injectée au petit Meister lors de sa démonstration la plus connue. Après de premiers essais sur l’Homme couronnés de succès, son vaccin devient célèbre et les gens viennent se faire vacciner en masse ; chaque « guérison » est considérée comme une preuve de l’efficacité du vaccin et cela même si on ne sait pas si le chien responsable de la morsure avait bien la rage... Pourtant, en 1886, un enfant décède 24 jours après l’injection et Pasteur fait l’objet d’une plainte déposée par le père de la victime. Une autopsie est alors demandée pour déterminer les causes du décès. André Loir, neveu et ancien assistant-préparateur de Pasteur, raconte que c’est un collaborateur proche du scientifique, Emile Roux, qui a été chargé de faire un premier rapport. Il a inoculé un extrait du bulbe rachidien de l’enfant à des lapins qui développent alors la rage. Il n’a cependant pas communiqué ces résultats incriminant Pasteur. Un médecin légiste, Paul Brouardel, a été ensuite chargé de vérifier les dires de Roux. Comprenant la situation, il a pris le parti de l’accusé: « Si je ne prends pas position en votre faveur, c’est un recul immédiat de cinquante ans dans l’évolution de la science, il faut éviter cela ! ». Il affirme que l’enfant n’est pas mort de la rage.

A la fin des années 1890, c’est un autre jeune garçon qui meurt en présentant des symptômes atypiques : c’est une rage humaine à symptômes de rage de lapin ; on surnommera cette maladie rage de laboratoire ou encore rage Pasteur, sachant que le scientifique faisait ses vaccins à partir de virus prélevé sur de la moelle de lapins... En 1908, le traitement est abandonné au profit du vaccin phéniqué de Fermi dans le monde entier, excepté en France où on attend les études de Lépine et Sautter de 1937 qui démontrent que les vaccins phéniqués protègent les lapins dans une proportion de 77,7 % alors que la méthode de Pasteur n’en protège que 35 %. L’arrêt total de l’utilisation du vaccin ne se fera pourtant qu’en 1973. 

Plus on fouille dans les notes, plus on se rend compte de la manière de travailler de Pasteur. Il reprend visiblement les travaux de ses pairs. Il s’est ainsi intéressé à la dissymétrie moléculaire et à la fermentation alors que les études sur le sujet étaient déjà bien avancées. Ses expériences sur la génération spontanée sont basées sur des principes vieux de plus d’un siècle. Pour finir, la vaccination a été inventée par Edward Jenner à la fin du XVIIIe siècle. Pourtant, on continue à associer ces découvertes à Louis Pasteur. 
André Pichot, chercheur au CNRS en épistémologie et histoire des sciences, remarque que Pasteur « donne parfois même l’impression de se contenter de vérifier des résultats décrits par d’autres [...] c’est précisément quand il reprend des démonstrations laissées, pour ainsi dire, en jachère, qu’il se montre le plus novateur : le propre de son génie, c’est son esprit de synthèse

A la lumière de ces informations, on peut encore considérer Pasteur comme un génie mais dont les compétences tiennent plus de la rhétorique et des relations publiques que des sciences dures...


Eric GEBUS
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Bulletin de l'Académie de médecine, séances de janvier 1887, Paris, en particulier p. 158.
ALTMAN, Lawrence, « The Doctor’s World ; Revisionist History Sees Pasteur As Liar Who Stole Rival's Ideas », NewYork Times, 16 mai 1995.
DEBRE, Patrice. Louis Pasteur, Paris, Flammarion, 1994, en particulier p. 482-485 et la citation p. 383.
GAMET, André, La Rage, Paris, PUF, coll. «Que sais-je ?», 1973, en particulier p. 88.
P. LEPINE, et V. SAUTTER, « Essais expérimentaux sur la valeur pratique des vaccins antirabiques phéniqués », Annales de l'Institut Pasteur, vol. 59, 1937, p. 39-56.

Too good to be true : Mendel entre fraude et génie

Mendel, considéré comme le père de la génétique grâce à sa découverte des lois de l'hérédité, aurait falsifié et « embelli » ses résultats pour convaincre les scientifiques de l'époque de la véracité de ses théories. Aujourd'hui, il est considéré comme un génie de la biologie, malgré sa fraude. Au nom du progrès, peut-on accepter l'imposture scientifique ?


Mendel, moine dans le monastère de Brno en Autriche et passionné de botanique, commence dans les années 1850 des expériences de croisement sur des pois, faciles à cultiver et possédant de nombreuses variétés. Pendant 10 ans, il analyse minutieusement les caractères héréditaires issus des parents dans les hybrides qu’il obtient, puis il publie en 1866 les résultats de ses travaux dans un article : « Recherche sur les hybrides végétaux ». Il pose ainsi les bases des théories génétiques et de la ségrégation des caractères dans les gamètes. Les scientifiques de l'époque ne prêtent pas attention aux recherches de Mendel, qu'ils trouvent trop basées sur de la théorie mathématique ; mais en 1900, les travaux de 3 botanistes confirment les résultats et les lois de l'hérédité, et leur donnent le nom de lois de Mendel.
C'est en 1936 que Ronald Aylmer Fisher, statisticien, se penche sur les travaux de Mendel et suspecte une falsification de données. En effet, il constate que les résultats de Mendel (à savoir, les nombres de pois possédant chaque caractère étudié, sur une vingtaine d'expériences totales) sont toujours incroyablement proches de ceux prédits par ses théories, comme le résume cette phrase de Fisher : « too good to be true ». Fisher envisage trois possibilités pour expliquer les résultats de Mendel : soit Mendel a été extrêmement chanceux, de l'ordre d'une chance sur 33 000, ou bien Mendel a inconsciemment biaisé ses résultats, ou enfin Mendel les a consciemment biaisés.
Mendel était reconnu pour sa minutie, notamment lors de l'élaboration de ses expériences, ainsi que lors des relevés météorologiques qu'il effectuait pour son monastère. Fisher écarte donc les deux premières possibilités et conclut à un biais conscient : Mendel aurait écarté certains pois ou aurait inclus dans certains de ses résultats des pois provenant d'autres croisements. Cependant, Fisher était mendelien et ne semble pas avoir écrit ce papier en vue de discréditer les travaux de Mendel, mais plutôt pour célébrer son incroyable capacité d'abstraction. En effet, dans son article de 1936, il suppose que Mendel avait ses lois en tête avant d'effectuer ses croisements.
Il a été établi que Mendel connaissait les probabilités, étant donné qu'il a étudié les sciences à l'université. De plus, il était très appliqué dans ses relevés aussi bien personnels (financiers) que dans ses recherches, et amoureux de la science (il appelait ses pois ses « enfants »)... Pourquoi aurait-il délibérément falsifié ses données ? C'est ce qui est appelé dans la littérature le paradoxe mendelien : c'est justement par amour de la science qu'il aurait délibérément changé ses résultats. Cette « fraude » ne pouvait lui apporter de bénéfices financiers ni même ecclésiastiques, ce n'était en rien une falsification délibérée en vue de tromper, mais plutôt un ajustement des données pour convaincre ses contemporains, qui auraient probablement été distraits par les marges d'erreurs auxquelles ils n'étaient pas habitués. La fraude est plus efficace didactiquement que de longues discussions sur quelques pois qui ne s'accordent au modèle.

Lauranne Beyer

Bibliographie : 

BOKHARI, Faraz Ahmed et SAMI, Waqas, « Did Mendel cheat ? », Journal of Ayud Medical College Abbottabad, juillet 2007, p. 96.
HARTL Daniel, et FAIRBANK, Daniel, « Mud Sticks: On the Alleged Falsification of Mendel’s Data », Genetics, mars 2007, p. 975-979.
HARTL, Daniel L. et ORAL, Vitezslav, « What did Gregor Mendel think he discovered ? », Genetics, juin 1992, p. 245-253.
NISSANI, Moti, « Psychological, Historical, and Ethical Reflections on the Mendelian Paradox », Perspective in Biology and Medicine, hiver 1994, p. 182-196.
NOVITSKI, Edward, « On Fisher’s Criticism of Mendel’s Results With the Garden Pea », Genetics, mars 2004, p. 1133-1136.
PILGRIM, Ira, « The Too-Good-to-be-True Paradox and Gregor », The Journal of Heredity, novembre 1984, p. 501-502.
SAP, Jan, « The Nine Lives of Gregor Mendel », Experimental Inquiries, 1990, p. 137-166.

jeudi 3 mai 2012

Pr. Hwang : l’escroc du clonage humain

Tout souriait au professeur Woo Suk Hwang. Il était connu pour  le premier clonage réussi d’un chien, nommé  Snoopy. En novembre 2005, le voici soupçonné de fraudes et de pratiques douteuses.


Woo Suk Hwang et son équipe s’imposent grâce à leurs travaux sur le clonage humain en 2005. Ils étaient déjà les premiers à avoir réussi à cloner un chien, nommé Snoopy, après 123 tentatives. En février 2004, Hwang Woo-Suk, professeur au département de thériogénologie et de biotechnologie de l’université nationale de Séoul, annonce dans la prestigieuse revue américaine Science une prouesse exceptionnelle : il prétend avoir réussi à obtenir une lignée de cellules souches embryonnaires humaines à partir de cellules somatiques par clonage. La recette du professeur sud-coréen ? Simple. Il prélève les cellules du cumulus. Habituellement, le noyau de la cellule à cloner est aspiré avec une micropipette. Les chercheurs sud-coréens ont préféré énucléer en forant un trou dans la paroi cellulaire. Délicatement, ils ont pressé la cellule pour en expulser le noyau qui est sorti moins traumatisé. Le noyau de la cellule à cloner a été ensuite transféré dans l’ovule, cette dernière étape étant la plus complexe.

Cette prouesse technique annonce une nouvelle ère dans le monde de la science. Prenons l’exemple de la maladie d’Azheimer, pour laquelle il n’existe actuellement aucun traitement, sauf une greffe, qui a peu de chance de succès. La seule solution serait de transplanter aux malades des cellules souches embryonnaires, clonées  à partir de leurs propres cellules. Ces clones ont la capacité de se différencier en tout type de cellules du corps humain. Aucun risque de rejet puisque ces cellules possèdent le même code génétique que les cellules « mères ». Elles se ressemblent « comme deux gouttes d’eau. »

En mai 2004, une chercheuse de l’équipe de Hwang annonce dans la revue britannique Nature, qu’elle a été obligée de donner ses propres ovocytes. Il est vrai que les expériences consomment de nombreux ovules qui doivent être fraîchement prélevés pour garantir la réussite du clonage. Mais les comités d’éthique voient cette pratique d’un mauvais œil.

Le 20 mai 2005, le professeur Hwang publie le résultat,  photos à l’appui, de onze lignées de cellules souches dérivées de onze embryons obtenus par clonage. L’article, paru dans Science, est cosigné par Gerald Schatten, chercheur de l’université de Pittsburg et spécialiste en clonage de singes. Hwang Woo-Suk devient le héros national de son pays et il est pressenti pour le prix Nobel.

Le 13 novembre 2005, Gerald Schatten accuse pourtant le professeur Hwang d’avoir manqué à l’éthique. Il lui reproche d’avoir menti quant à l’origine des ovocytes, provenant soi-disant de femmes bénévoles non rémunérées et informées des modalités de l’expérience et de son objectif. Le responsable de l’hôpital Mizmidi à Séoul, Dr Roh Sing-il, reconnaît avoir versé une somme de 1500 $US à chaque donneuse. Après avoir longtemps démenti, le professeur Hwang démissionne de ses fonctions. Ce n’est pas l’achat d’ovocytes qui lui est reproché, même si ce type de commerce a été interdit peu de temps après en Corée du Sud. La communauté scientifique internationale le critique pour son manque de sincérité. Et la descente aux enfers ne fait que commencer pour le héros national.

Lors d’une conférence de presse le 4 décembre 2005, celui-ci avoue, sous la pression de l'Etat, que les photos publiées quelques mois plus tôt, supposées illustrer les onze lignées embryonnaires, sont falsifiées. Tous ces éléments douteux poussent le gouvernement à ouvrir une enquête. Neuf chercheurs sud-coréens sont engagés pour éclaircir l’affaire. Ils découvrent que les lignées n’ont jamais été obtenues. En réalité, sur les onze produites, six ont été endommagées à la suite d’une contamination par des mycoplasmes. Ces bactéries demeurent aujourd’hui la hantise des chercheurs œuvrant dans ce domaine. Hwang Woo-Suk s’est vu obligé de retirer l’ensemble des articles publiés dans Science concernant cette affaire. Aujourd’hui, le professeur est destitué de ses fonctions. Sa carrière est brisée.

Cette fraude a fait débat au sein de la communauté scientifique. Si certains jugent que cette escroquerie n’a fait qu’assombrir l’image des recherches sur le clonage humain, d’autres préfèrent soutenir le professeur sud-coréen. Ces savants n’excluent pas, en effet, la possible réussite de l’obtention de quelques cellules souches embryonnaires par clonage.


Commentaires

En réunissant un certain nombre d’articles sur la fraude commise par le Pr. Hwang, nous constatons rapidement que seul le professeur est incriminé. Or, nous pourrions remettre en cause le circuit de validation des résultats obtenus par les chercheurs. En à peine une année, Woo-Suk Hwang publie deux articles concernant ses recherches sur l’obtention de onze lignées embryonnaires dans la célèbre revue scientifique américaine Science, de renommée internationale. Avant d’être accepté, l’article est soumis à une évaluation et lu par un comité scientifique. Les membres vérifient le respect des règles d’éthique, la qualité des manipulations, la fiabilité des résultats… Or, depuis la naissance de la brebis Dolly, le clonage humain défraie la chronique. La question préoccupe, inquiète et effraie. Il est donc naturel de se demander comment les fraudes du Pr Hwang n’ont été révélées que tardivement, d'autant que la question du clonage est sensible. L’escroquerie du chercheur sud-coréen révèle donc bien des dysfonctionnements dans le système validation.


Par Marion Fras

Bibliographies

« L’expert coréen en clonage, Woo Suk Hwang a-t-il falsifié ses données », Futura Sciences, 22 décembre 2005,

« Hwang Woo-suk, le lobbying et la fraude scientifique (I) », Science21, 8 novembre 2009,

BENSIMON Corinne, « Chute du pionnier du clonage humain », Libération, 17 décembre 2005, rééd.

BONNEAU Cécile, « Quand les scientifiques trichent », Science et Vie, novembre 2008, p. 56-69.

DEGOS Laurent, « Le clonage humain », Sciences et Avenir, mars 2002, hors-série n ° 130, p. 43-45.

DEBERGUE Isabelle, « Le scandale chronique des résultats scientifiques falsifiés : crise du lobbying et des pouvoirs discrétionnaires », Agaravox, 26 mai 2006,

DEZULARCHE Céline, « Les fraudes du professeur Hwang », L'internaute, mars 2006,

GRAVEL Pauline, « Corée du Sud: L'expert du clonage humain, le maître de la fraude? », Le Devoir, 24 décembre 2005,

LAPOINTE Pascal, « Le Watergate du clonage », Agence Science-Presse, 9 janvier 2006,

RATEL Hervé, « Clonage, mode d'emploi », Sciences et Avenir, n° 686, avril 2004, p. 60-61.

Le Buste de Nefertiti 

Fraude historique ou génie antique ?

En mai 2009, le Suisse Henri Stierlin, historien, journaliste et photographe, déclenche la polémique en affirmant que le buste de Nefertiti découvert en 1912 à Tell el-Amarna, par l’archéologue allemand Ludwig Borchart, est en réalité un faux. Les soupçons portent sur certains détails techniques qui seraient trop contemporains ou pas assez conforme aux pratiques artistiques de l’époque.
Tout d’abord, rappelons que le buste est découvert en décembre 1912, sur les fouilles de ce que l’on suppose être l’atelier de Thoutmosis, sculpteur officiel du pharaon Akhénaton, à Amarna. Un an après, des négociations ont lieu entre l’Allemagne et l'Egypte. Le buste de Nefertiti part alors pour l’Allemagne. Les autorités égyptiennes prétendront plus tard que les circonstances du transfert sont douteuses, et que l’archéologue aurait acquis la sculpture ancienne en sous-estimant délibérément sa valeur, aucune expertise n’ayant été apparemment effectuée sur place. Le musée de Berlin acquiert définitivement le buste en 1920, après qu’il est passé par la collection privée de Henri James Simon, entrepreneur, mécène, et commanditaire des fouilles sur le site égyptien. Le buste est exposé au public trois ans plus tard.

Près d’un siècle après cette découverte paraît le livre de Henri Stierlin Le Buste de Nefertiti, une imposture de l’égyptologie ? Quasi simultanément sort le livre Missing link der Archäologie de Erdogan Ercivan, écrivain allemand, connu pour être partisan de la théorie du complot. Le second livre n’a pas l’écho retentissant du premier. Stierlin étaie son hypothèse à l'aide quelques points très précis, à commencer par l’absence d’œil gauche, offense suprême, puisque dans l'Egypte ancienne, toute représentation se devait d’être fidèle au modèle, et tout détail ne correspondant pas méticuleusement à la réalité était perçu comme un manque de respect gravement condamnable. Cependant, rien ne permet de prouver qu’il n’y a jamais eu d’œil gauche. L’hypothèse selon laquelle il serait tombé ou aurait été enlevé est plausible, selon Stefan Simon, qui dirige le Rathgen Research Laboratory à Berlin.

Le second point concerne la forme des épaules : censées être taillées à l’horizontale à cette époque, elles sont à la verticale. Le directeur du musée de Berlin, Dietrich Wildung, prétend que deux autres exemplaires de taille similaire figurent dans les collections mais aucun document  n’a, à ce jour, confirmé ses dires.
Henri Stierlin fonde également ses doutes sur le comportement de Ludwig Borchart lors des fouilles. En 1912, on ne trouve aucune trace du buste dans aucun des carnets de l’archéologue et il faut attendre onze ans pour que la sculpture soit exposée et que des documents traitent de son existence, ce qui semble difficilement explicable. Le mutisme de Borchart semble étayer la thèse du faux, à moins que cette discrétion ne s'explique par une volonté de capter ce patrimoine, de tout faire pour l'envoyer à Berlin, sans attirer l'attention sur lui.

Sur un terrain plus scientifique, Alexander Huppertz et son équipe ont publié sur le site radiology une étude indiquant qu’une analyse au scanner du buste a mis en évidence une sous-couche, ce qui laisse supposer qu’il y a eu une première version de la représentation de Nefertiti, peut-être plus réaliste que celle que nous pouvons admirer. Ces résultats pourraient corroborer la thèse selon laquelle le buste servait de modèle pour de jeunes sculpteurs, disciples de Thoutmosis. Néanmoins, les résultats obtenus ne renseignent pas formellement sur l’âge du buste. En ce qui concerne les tests chimiques, aucune datation au carbone 14 n’est apparemment possible, du fait de l’absence de composés organiques, porteurs du précieux isotope radioactif. Il en est de même pour les pigments. En revanche, un échantillon de cire d’abeille utilisée pour l’iris de l’oeil droit aurait été testé. Les conclusions communiquées aux journalistes sont extrêmement prudentes, et n’affirment pas de façon catégorique que le buste est âgé de plus de 3000 ans. Est-ce parce que des doutes subsistent sur l’origine de l’échantillon, ou tout simplement parce que la publication des résultats confirmerait les dires d’Henri Stierlin ?
Nous ne pouvons pour l’instant rien conclure concernant l’authenticité du buste. La communauté scientifique reste très prudente et évite de s’exprimer sur le sujet. Nefertiti n’a donc pas encore livré tous ses secrets.

Johana HALLMANN
Bibliographie


    -     « Famed Nefertiti bust 'a fake': expert », AFP, 5 mai 2009, <http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hesdEvM5E_PC4GzRm3iHA9fAYdQg>, (dernière consultation le 02 février 2012).
    -     Ercivan, Erdogan, Missing link der Archäologie, Rottenburg, Kopp Verlag, 2009, 287 p.
    -     Huppertz, Alexander et al.  « Nondestructive Insights into Composition of the Sculpture of Egyptian Queen Nefertiti with CT1 », avril 2009, 8 pages, < http://radiology.rsna.org/content/251/1/233.short > (dernière consultation le 02 février 2012).
    -     Liepe, Jürgen, Nefertiti, photographie, Aegyptisches Museum Berlin, <http://www.aegyptisches-museum-berlin-verein.de/c53.php> (dernière consultation le 02 février 2012).
    -     Seidler, Christoph, « Berlin's Nefertiti Debate : Calling the Queen's Authenticity into Question », Spiegel Online, 21 mai 2009, <http://www.spiegel.de/international/zeitgeist/0,1518,625719,00.html> (dernière consultation le 02 février 2012).
    -     Stierlin, Henri, Le Buste de Nefertiti, une imposture de l’égyptologie ?, Paris, Infolio, 2009, 137 p.

Frauder pour la gloire


Le désir de gloire sévit chez de nombreux humains, et pas seulement chez les people. Les scientifiques sont eux aussi touchés par ce fléau. Ainsi, certains d'entre eux sont prêts à cacher, transformer, falsifier leurs données pour quelques minutes passées sous les feux des projecteurs.
Les enfants-loups
Premier exemple : celui de Joseph Amrito Lal Singh, ce prêtre missionnaire dirigeant un orphelinat  au début du XXe siècle. Il prétend avoir trouvé des enfants sauvages, deux fillettes, aux abords d’un village indien de la province du Mindapour. Selon lui, les deux enfants auraient été élevées par des loups jusqu’à leur découverte. Le religieux entreprend alors leur « éducation », qu’il retranscrit jour après jour dans un journal qui sera publié bien après leur mort. Le chirurgien Serge Aroles a mené une enquête anthropologique, philologique et historique sur place, et a découvert que les rapports étaient falsifiés. En réalité, l’hypothèse des enfants-loups n’était ni plus ni moins qu’un mensonge fabriqué de toutes pièces. 
Pourquoi Singh a-t-il triché sur le cas de ces deux sœurs ? Sans doute du fait d’une motivation financière. Le mensonge lui aurait permis d’obtenir l’argent nécessaire à la survie de son établissement. Ou peut-être était-il plus intéressé par les droits d’auteur du journal. Il arrive aussi que certains scientifiques ne soient poussés que par la folie de la reconnaissance. D’autres au contraire se retrouvent piégés par leur découverte, ou tout simplement veulent redorer l’image de leur patrie.
Le buste de Nefertiti
Autre cas, le buste de Nefertiti. C’est aujourd’hui l’une des pièces maîtresses du musée de Berlin. Or, le doute subsiste quant à son authenticité. Pourquoi Ludwig Brochart, l’archéologue à l’origine de sa découverte aurait-il menti ? Henri Stierlin, historien, pense que l’archéologue n’a pas eu le courage d’avouer aux premiers hôtes de marque venus admirer le buste que celui-ci était un faux. De plus, le contexte politico-économique de l’Allemagne au début du XXe siècle était tel que le scientifique a pu se sentir investi de la mission de redorer l’image de son pays par une découverte archéologique qui ébranlerait le monde de l’égyptologie : aujourd’hui, la mise au jour de la fraude risquerait de discréditer cette dernière science. Cela pourrait expliquer que les tests physico-chimiques, comme la datation au carbone 14, soient retardés ou annulés et que les spécialistes interrogés soient frileux lorsqu’il s’agit d’aborder le sujet.
La quête de la gloire a donc des effets pernicieux, non seulement sur le moment, mais encore par la suite, quand l'intérêt des Etats s'en mêle. Plus généralement, il est difficile de remettre en cause les affirmations des grands scientifiques, et donc les acquis de la science, ou de défaire les réputations et les découvertes. Une fois la notoriété acquise, comment revenir en arrière ? Certaines découvertes, comme celles de Pasteur, font bien trop avancer la science  pour que l'on accepte de les remettre en cause. Bien que la la falsification par Pasteur des données concernant le vaccin contre la rage ait été prouvée, certains se refusent toujours à la reconnaître. Discréditer ces acquis parce qu'ils ont été construits de toutes pièces pour servir la renommée de chercheurs reviendrait à détruire les fondations d'une maison. Celle-ci, privée de ses piliers s'écroulerait sur elle-même.